Douce France…

Depuis notre départ à Madrid, les éléments se sont un peu déchainés contre nous, nous faisant douter de pouvoir rallier la France à vélo.

Le premier jour, Sébastien a quelques soucis de changement de vitesses: certaines ne passent pas… Nous regardons tout cela de plus près. Le dérailleur a l’air un peu bizarre, mais nous n’arrivons pas à déterminer ce qui "cloche". Nous allons voir un magasin de vélo… Le mécanicien nous demande 2 semaines avant de pouvoir le réparer… Nous continuons donc et c’est le soir que le dérailleur se prend dans les rayons. On tire, on s’énerve, on réfléchit aux possibilités… Le lendemain matin, nous repartons en arrière pour nous rendre à Guadalajara, petite ville au nord de Madrid. Ce détour nous rajoute 30km, mais au moins, le petit papi qui tient le magasin de vélo est un passionné: il prend le temps de regarder le vélo de Sébastien, pose mille et une questions sur notre voyage, ne nous croit pas quand on lui dit qu’on a fait plus de 21.000km dans les Amériques. Finalement, c’est la patte de dérailleur qui a pris un coup lors du transport depuis Ushuaia. Il la détord avec une simple clé et nous dit que cela devrait tenir jusqu’à Paris. On croise les doigts donc, car les jours suivants, notre itinéraire nous mène dans des contrées reculées de l’Espagne où les magasins de vélos sont rares.

Bien entendu, cet incident mécanique de dérailleur aurait pu être le seul. Et bien non! Voilà que la chaine de Sébastien fait encore des siennes! Dans une montée, voilà la chaine par terre, Sébastien qui peste: encore cassée! Nous essayons de nous trouver un endroit à l’abri du vent pour réparer. Bien sûr, un maillon s’écartera encore à nouveau.

Du vent? Et oui, du vent! Nous avons eu beaucoup de vent, dans le dos principalement. Nous avançons bien, poussé par ce souffle et les kilomètres s’enchainent. Mais comme vous vous en doutez, le vent est aussi le pire ennemi du cycliste ou plutôt du campeur… Depuis Madrid, aucun camping n’est ouvert. Nous ne faisons que du camping sauvage avec douche dans la rivière gelée un jour sur deux (nous ne trouvons pas forcément un cours d’eau pour une douche tous les jours… ou c’est bien trop froid pour s’y baigner!). Alors que nous nous sommes égarés à cause d’une route de notre carte qui n’existe plus, fatigués, nous trouvons alors un bon lieu pour camper pour la nuit. Le vent est fort, mais nous savons, par expérience, que le vent tombe quand le soleil se couche. Or, cette nuit là, le vent s’est intensifié! Notre petite tente tient bon, mais est bien secouée. Nous redoutons vraiment qu’elle casse… C’est à 5h du matin avec très peu de sommeil, dans la nuit noire (le soleil se lève à 8h) que nous plions tout et levons le camp. Le chemin descend jusqu’au village le plus proche où nous trouvons refuge pendant 2 bonnes heures dans le seul bar ouvert. La télévision est allumée et nous comprenons ce qu’il se passe: une perturbation passe au Nord de l’Espagne. Les vagues à San Sebastian font plus de 5 mètres de haut, au grand bonheur des surfeurs et notre plus grand désarroi… La femme qui gigotte devant la carte de l’Espagne nous assure que le vent devrait se calmer… Nous en doutons, mais finalement, ce sera vrai. Ouf! Autant vous dire que la nuit d’après, nous nous sommes enfoncés dans la forêt, protégés de la pluie et du vent (mais pas de l’humidité) et avons dormi comme des loirs 12h d’affilée!

Petite anecdote au passage: depuis notre retour en monde civilisé, nous faisons face aux dérives de la société de consommation… Les formats d’emballages sont vraiment beaucoup trop grands pour nous! Où voulez-vous que nous stockions 36 rouleaux de papier toilette dans nos petites sacoches??? Même par 6, le plus petit conditionnement que nous ayons trouvé, c’est encore trop grand pour nous!

Les derniers jours de pédalage, nous avons eu beaucoup de trafic sur la route. C’était la semaine Sainte, et c’est une période où les Espagnols sont en congés et partent en vacances. Même malgré ce trafic très intense, les automobilistes ont continué à bien nous respecter.

Nous n’avons pas particulièrement cherché à échanger avec les personnes croisées le long de notre route, mais en même temps, personne ne nous a adressé la parole. Nous avons ressenti beaucoup d’indifférence à notre égard, ce qui change beaucoup!

Après plus de 500km en 7 jours, nous sommes arrivés au pied du mur, au fond de la vallée de Roncal, au milieu de la chaîne des Pyrénées. Pas si impressionnante que ça, tout compte fait! En 3 bonnes heures d’effort, nous étions déjà au sommet du col de la Pierre Saint Martin à 1760m, très déçus de ne trouver absolument aucune pancarte signalant notre entrée en France et nous souhaitant la bienvenue. Le vent glacial nous a aidés à monter parce qu’il était dans le dos d’une part, et parce qu’il poussait vers nous de gros nuages noirs chargés d’une neige que nous ne voulions pas fouler de nos pneus! Replier la tente encore givrée nous avait déjà suffit pour la journée. Vêtus de tous nos vêtements chauds et coupe vent, nous avons amorcé la descente vers le Béarn dans la vallée de Barétous. Guillaume était au rendez-vous, il nous attendait pour nous accompagner à vélo sur les derniers kilomètres de cette longue étape symbolique. Son épouse Rachel et lui ont eux aussi traversé les Amériques à vélo il y a quelques mois et ils nous accueillent aujourd’hui très chaleureusement chez eux. Nous nous régalons d’échanger nos expériences, et prenons bonne note de leurs nombreux conseils pour notre retour et l’organisation de nos conférences.

[Drapeau de France Sara et Sébastien | Le 03-04-2010 20:58 | 5 commentaires]

Commentaires

[Japon MaRo | Le 09-04-2010 13:54]

Il faut du Ying et du Yang dans la vie! Sinon ca serait trop facile et sans relief?! ;) Vzallez pas flancher à 5% de l'arrivée, mer**!?! Aller!!!!!!!!!!!!! Bon courage, c bientot les beaux jours!

[France Gilbert et Karin | Le 08-04-2010 06:27]

Que vous dire sinon BRAVO et vous exprimer notre profond respect. Quelle magnifique aventure. Tout au long de ces mois, nous vous avons discrètement suivi installés derrière notre écran d'ordinateur. Merci pour tout ce que vous avez partagé avec nous (photos, récits,...). C'était tout simplement passionnant.

[France Sabine | Le 08-04-2010 06:00]

Coucou!!! Que de péripéties!!! C'est un final en beauté, et puis vos vélos ont tellement roulés qu'ils commencent à fatiguer! Bon courage pour cette "dernière ligne droite" bises Sabine Alain et Elise

[France Seb | Le 05-04-2010 17:31]

Et bien ici après la neige le beau temps et.......; de la poudreuse partout pour une super sortie en rando dans le valais. bon courage

[France Gill | Le 05-04-2010 10:39]

Pas de panneau "France" ? Normal. Avec tout ce que vous avez vécu, vous êtes citoyens du monde. Les frontières sont de toutes façons relatives et changeantes ! En géographie terrestre comme dans notre gérographie intérieure... !

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